Il n'y a pas d'innovation sans mémoire. Or, les enjeux auxquels la formation professionnelle doit faire face dans notre pays contraignent impérativement à innover, et les technologies de l'information et de la communication et leurs usages, qui débouchent sur la formation ouverte et à distance, constituent logiquement un aspect essentiel de l'innovation.
La question de la mémoire, de la sédimentation des savoirs et des pratiques, de la capitalisation qu'elle induit, et de sa diffusion, ou dit de façon plus moderne, le "management de la connaissance" appliqué à notre monde professionnel reste encore une question en suspens. Avec d'autres, nous avons tenté depuis huit ans d'y apporter notre contribution, en développant une fonction d'observation : mémoriser les informations recueillies, les faire partager à un maximum d'acteurs, s'instruire du passé en adpotant un regard prospectif tout en conservant un sens critique dans notre champ spécifique. Cette contribution reste modeste à l'échelle de l'enjeu, mais significative [1]. Elle s'est construite sur une temporalité suffisante pour autoriser un peu de recul, et proposer quelques réflexions relatives aux principes qui l'ont guidé, aux résultats obtenus et aux limites rencontrées.
A l’origine, notre réflexion sur la capitalisation, engagée il y a plus de huit ans, repose sur quelques attendus ou principes généraux. L’expérience permet de les énoncer sous la forme de quatre fonctions principales : la mémoire, l’économie d’échelle, la synergie, l’expertise. Reprenons-en brièvement les définitions [2] : la mémoire permet de stocker des informations et de les organiser afin de les restituer. L’économie d’échelle, permet, avec la même quantité de fonctions (de production), ou les mêmes moyens, de produire plus. La synergie vise à combiner plusieurs fonctions ou influences afin de créer un effet plus grand que celui de la somme des effets attendus s’ils avaient opérés individuellement. Enfin, l’expertise sur le fond, c’est à dire construite sur l’intervention de terrain, permet de trier, classer, voire analyser une information foisonnante, peu factualisée sous sa forme brute. Derrière ces principes quelque peu théoriques, se profilent des logiques concrètes de travail : la veille, la recherche de partenariats et de l’effet réseau, la mutualisation de moyens financiers, couplées à des supports : des sites Internet, des outils de travail coopératif, une Lettre bimensuelle en ligne, une Lettre mensuelle dans Inffo Flash, la participation à des manifestations, etc. Ces principes sont par ailleurs traversés ou couronnés par deux soucis constants qui relèvent davantage des moyens, l’usage optimisé autant que faire se peut des outils technologiques (web, bases de données, outils coopératifs, listes de diffusion…) et un effort éditorial constant permettant de contextualiser, d’animer et de présenter les informations, visant à en faciliter la mobilisation par leurs destinataires.
Ces principes se sont traduits concrètement par la mise à disposition d’un certain nombre de contenus, relevant d’ambitions et de thématiques diverses, élaborés le plus souvent en coopération (sous diverses formes) avec d’autres acteurs : le référencement (des produits multimédias de formation, des plates-formes de téléformation, des outils générateurs…) ; la description, (d’expériences, de « bonnes pratiques », de dispositifs, de réalités régionales…) ; l’analyse de problématiques spécifiques (la compétence des acteurs, les questions juridiques, les coûts…), la proposition d’instrumentations (l’outil Competice, le calcul des coûts, le référentiel de bonnes pratiques…) [3].
Au-delà de ces exemples, et du résultat positif qu’ils constituent au vu de l’augmentation constante du lectorat, il est tout aussi utile d’analyser l’histoire des différents travaux conduits ces dernières années en mettant en évidence certaines limites que nous ne sommes jamais parvenu à dépasser. Trois d’entre elles méritent d’être soulignées parmi d’autres.
Presque toujours inscrits et construits dans des partenariats, parfois ambitieux, ces derniers dépassent rarement l’objet ou le projet qui les a fait naître. Autrement dit, il s’avère très difficile de construire des partenariats structurels permettant de travailler dans la durée, de faire converger durablement les réseaux. Les raisons en sont diverses, il n’est pas possible de les analyser ici. Mais le fait est là et conduit à l’impossibilité d’atteindre un effet de seuil en terme de moyens et d’impact à l’échelle de notre monde (la formation professionnelle) et de sa diversité (en fait une multitude de mondes différents, très segmentés, qui finalement communiquent peu entre eux et s’ignorent le plus souvent).
Parler de mémoire, de management des savoirs ou de la connaissance contraint nécessairement à créer des liens avec le monde de la recherche, avec ceux qui s’attachent à répondre scientifiquement, par une réflexion théorique, à des questions sous-jacentes à celles intéressant directement les praticiens. A de rares exceptions près (par exemple, le colloque sur l’autoformation tenu en mai dernier à Toulouse [4]), il faut reconnaître la quasi-impossibilité de combler ce hiatus (beaucoup mois flagrant dans d’autres pays au vu de certains projets européens) entre praticiens et chercheurs.
Enfin, dernière limite, qui ne constitue pas la moindre, notre incapacité chronique (et partagée) à réellement convaincre les décideurs des enjeux et des opportunités. Si la notion de formation tout au long de la vie est souvent év