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 Chère Louisa

HAEUW Frédéric - mars 2006  - frederic.haeuw@algora.org - Télécharger le document Télécharger ce fichier en format PDF 


Synthèse partielle des 6èmes rencontres du Forum Français pour la Formation Ouverte et à Distance (FFFOD)


A voir aussi

FFFOD :
http://www.fffod.org




Je regrette vraiment, que tu n’aies pu venir à ces rencontres du FFFOD à Bordeaux. Par écrit, je ne pourrais jamais que te rendre une vision bien imparfaite de l’ambiance de ces moments : le plaisir de retrouver des visages connus aux abords même du lieu de rendez-vous ou dans l’ascenseur, la chaleur d’être reconnu, les rituels (mettre son badge, prendre la documentation, se diriger vers le café, compulser la liste des inscrits pour y retrouver le nom d’un ami) ; s’asseoir dans les plus que confortables fauteuils de l’assemblée régionale et se rêver un destin d’élu ; retrouver Claude Lepineux aux manettes et enfin, se laisser surprendre : qu’est ce que les organisateurs ont pu inventer cette année pour que les sixièmes rencontres ne soient ni tout à fait les mêmes que l’année dernière, ni tout à fait différentes ? Comme tu le vois, ma motivation, mes motifs d’engagement, comme les appelle Philippe Carré, restent autant du côté du plaisir de participer que de celui d’apprendre pour apprendre.

Je te parle de Philippe Carré parce c’est lui, comme tu le sais, qui a conclu la première journée en nous parlant d’apprenance, cet ensemble durable de dispositions favorables à l’acte d’apprendre dans toute situation formelle et informelle, de façon expérientielle ou non, didactique ou non, autodirigée ou non, intentionnelle ou fortuite. Le chaînon manquant, comme il l’appelle, ou la prise en compte du sujet social apprenant, qui permet de transformer le rapport au savoir et de basculer de l’hétérodirection à l’autodirection et d’envisager pleinement la formation tout au long de la vie. De cette remarquable intervention au cours de laquelle, il convoque, pour asseoir son propos, les figures emblématiques de Schwartz, Dumazedier, Rogers, Cousinet, Meirieu ou bien encore Bandura, je retiendrais pour ma part comme une lumineuse évidence le fait que ce n’est pas tant le « dispositif » qui détermine l’échec ou la réussite des apprentissages, que l’adéquation entre le dispositif et les dispositions de l’apprenant. N’en déplaise à Philippe, cette recherche d’adéquation me semble porter un nom, celui d’individualisation, et être le produit d’une activité spécifique qui est l’ingénierie ! Reste cependant, me semble-t-il, à articuler deux mouvements complémentaires, celle de l’individualisation, qui vise à la production d’un dispositif ouvert, mais finalisé, technologique ou non, à distance ou non et celui de la personnalisation, qui vise à prendre en compte la personne avec ses modes d’apprentissages privilégiés.

A cet égard, les intervenants de l’après midi ont tous, partant de leurs expériences de terrain, confirmé l’avènement de l’individualisation comme paradigme en émergence de la formation. Ils ont également démontré son adéquation aux enjeux actuels de la société, qui sont, comme nous l’a rappelé d’entrée de jeu, Jacques Bahry, à la fois l’entrée dans une société de l’information et de la connaissance, mais également dans une société de la rapidité et de l’impatience et de l’individualisme. Ils ont su identifier les travers d’une individualisation poussée à l’extrême et porteuse d’un nouveau risque d’exclusion des plus démunis.  Ils ont su enfin clarifier quelques recettes ou conditions de réussite. Reste cependant, pour ma part, un sentiment de déjà vu, déjà entendu qui me laisse croire que les choses ne vont pas aussi vite qu’on pouvait le penser ou l’attendre. Les débats sur les finalités entre individualisation des parcours et individualisation de la formation, l’articulation entre d’une part l’intention pédagogique d’autonomisation et d’autre part la  production d’un modèle économique adapté, la question de savoir si l’individualisation pouvait s’adresser à tous les publics, me semblaient être derrière nous, ce en quoi je me trompais. Mais sans doute suis-je moi-même atteint du syndrome de l’impatience.

Voilà, chère Louisa, pour cette première journée qui, comme dans les villages gaulois s’est terminé, par un bon repas, au cours duquel personne, pas même Didier, n’a chanté ! Les mots, là encore me manquent pour te restituer la saveur du gigot d’agneau de Pauillac à l’aillet confit fricassée de légumes de saison, ou le carré glacé aux agrumes sorbet de thé à la bergamote sauce orange caramel, qui nous ont démontré, s’il en était besoin, que le jargonnage et l’inflation verbale ne sont pas l’apanage de la FOAD.

Comme tu t’en doutes, nous attendions la seconde journée avec impatience, puisqu’elle devait traiter de cousinages et de médiation, de normalisation, de Knowledge Management. Autant de pistes possibles pour notre futur en construction, puisque ces rencontres « la FOAD au carrefour des chemins », prenant acte de la fin de notre premier cycle de vie, visait à envisager notre avenir. La matinée de cette seconde journée nous un peu donné froid dans le dos. De fait, il apparaît que nous partageons avec nos cousins documentalistes plus de choses qu’il n’y paraît de prime abord. En effet, l’essor de l’Internet a accru le rapport direct entre l’utilisateur et l’information, au point de marginaliser le documentaliste, qui doit en quelque sorte changer de métier. Après l’ère des bibliothèques, marqué par la polarisation documentaliste-document, l’ère des services documentaires, avec une polarisation forte  entre documentaliste et utilisateur, voici sonnée l’heure où, comme dans le triangle pédagogique de Jean Houssaye, le documentaliste est amené bien malgré lui à occuper la place du mort ou du fou et condamné à retrouver une légitimité bien malmenée. Il le fera en remettant en cause le modèle ambiant de l’autonomie et en ré-instaurant une logique de ré-intermédiation, basé sur une stratégie à trois étages : la pédagogie documentaire, la co-production documentaire et l’expertise documentaire. Décidément, l’Internet est un élément bien perturbateur pour les métiers de la connaissance. Comme le souligne le dernier rapport de l’Unesco, trouver de l’information sur Internet est aussi facile que de boire à une pompe d’incendie : le risque est davantage de se noyer que de manquer d’eau ! Au moins, pouvons nous partager avec les documentalistes nos angoisses, existentielles et identitaires, ainsi que des intérêts communs. Même des sujets aussi asbcons quoique nécessaires, que la n


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