Après deux
années d’expérience, à l’aube d’un probable déploiement dû à une demande
croissante, ses animateurs ont souhaité en capitaliser les acquis et en tirer
un premier bilan. Cet article vise donc à identifier les « ingrédients
spécifiques » qui fondent l’originalité de ce dispositif. Il aborde
également la question de l’approche compétences, celle de l’accompagnement et
la place des technologies. Enfin, il se conclut par une vision plus prospective
liée au déploiement de TutoFOP.
Le parti pris de
l’approche compétences
La mise en place du
dispositif TutoFOP s’est inscrite dans un contexte de forte évolution, tant
législative (loi de modernisation sociale, de formation tout au longde la vie, de cohésion sociale en
préparation…) qu’économique (marché en contraction, changement des règles du
jeu de financement), ou encore technologique (développement de nouvelles
modalités pédagogiques). Toutes ces évolutions induisent à terme des
modifications de l’organisation des centres, mais transforment aussi l’exercice
du métier de formateur. Parallèlement à ces changements contextuels, la nature
des contenus des qualifications en formation professionnelle doit évoluer pour
améliorer l’employabilité et se rapprocher des situations de travail réel. Pour
répondre à cette exigence, la réponse couramment admise ou proposée est celle
dite de l’approche compétences de la formation, le concept de compétences étant
entendu comme la capacité à mobiliser un ensemble de ressources (savoir,
savoir-faire,…) dans une situation de travail donnée.
La professionnalisation des
formateurs de centre à l’ingénierie de formation est un vecteur potentiel
d’adaptation aux évolutions et au développement stratégique des centres.
L’hypothèse a été faite que l’introduction de la logique compétences en vue de
cette professionnalisation renforcerait les dynamiques attendues. Pour
s’inscrire dans ces contextes brièvement tracés, le dispositif Tutofop a donc
été initialement conçu comme un vecteur d’acquisition collective de compétences
spécifiques d’ingénierie. Il s’agissait d’accompagner les changements
organisationnels, en impulsant une dynamique d’organisation apprenante en
capacité de se mobiliser autour de son projet et en favorisant le développement
d’une culture « compétences », dans une perspective de
reproductibilité formateur-formé. L’hypothèse a été faite, et a priori confirmée
par une étude et une phase expérimentale menée au lancement, que
l’accompagnement de ces évolutions culturelles et structurelles devait se
situer au niveau de l’entité centre.
A partir d’un travail d’inventaire des savoirs et
méthodes permettant de décrire les compétences mobilisées et mobilisables, le
projet initial proposait donc un repérage d’écart entre des compétences
disponibles au sein d’un centre et celles nécessaires à la mise en œuvre du
projet de la communauté. Le plan de formation proposé devait alors viser à la
réduction de l’écart constaté. Pour cela, l’outil See-K, qui permet de
construire, sous forme d'arbres de compétences, une représentation synoptique
des situations (état des compétences et profils existants et attendus), a été
mis en oeuvre. La construction de cette base de travail s’est échelonnée sur
trois ans, a mobilisé de nombreux acteurs et spécialistes et constitue un
remarquable outil de travail.
Suite à une analyse de la
demande, TutoF0P mobilise donc, comme la plupart des dispositifs de formation
d’envergure, un « référentiel de compétences », une base d’objectifs
pédagogiques reliés aux compétences, une base de ressources documentaires, des
formateurs, en l’occurrence des formateurs de formateurs. Il mobilise également
une plateforme de téléformation, des ressources d’autoformation et des
ressources multimedia, des accompagnateurs (appelés référents TutoF0P). Somme
toute, TutoF0P, utilise des ingrédients assez classiques [3].
Où se situent donc ses particularités ? Examinons maintenant les ingrédients qui
nous paraissent spécifiques.
[1]
Centre National de Promotion Rurale
[2]
Etablissement National d'Enseignement Supérieur Agronomique de Dijon
[3] Centre de Formation d'Apprentis et Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole. Le Ministère de l'Agriculture a sous sa tutelle 216 CFA et CFPPA. Ces centres accueillent 30 000 apprentis et 75 000 adultes en formation et emploient environ 3 500 formateurs et formatrices.