S’intéressant ensuite aux moyens de développer l’apprentissage, Philippe Meirieu s’est livré à la critique des deux modèles actuels, le scolaire et le culturel. Le premier, rappela-t-il, est basé sur le projet encyclopédique de Comenius (1592-1670). Il présente l’avantage d’une approche « démocratisante » et progressive, qui formalise et organise les contenus de manière à rendre accessible la totalité des savoirs à tout le monde. Louable mais insatisfaisant, car la logique programmatique est mortifère en ce qu’elle décontextualise et dévitalise tout ce qu’elle prétend transmettre. Quant au second modèle, le culturel, il développe lui l’offre de biens dans une rhétorique de l’aspiration individuelle et du développement personnel, dont les limites ont été montrées par Bourdieu : toute offre de bien culturels accentue les inégalités parce que la capacité à les recevoir est inégalement répartie. "L'être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets" (Sartre) Pour sortir du modèle de la scolarisation de la société et de celui du renvoi à l’initiative individuelle, Meirieu est revenu au substrat de l’éducation populaire : le vivre ensemble se fait dans le faire ensemble. Il faut donc, nous dit-il, penser le problème en terme de projet. Du projet, qui se heurte à des obstacles, naissent des besoins de formation à traduire en apprentissages tout au long de la vie. Mais attention, cette dialectique « Projet / Obstacle / Formation » ne relève pas d’une approche spontanéiste, et il est impératif que s’exprime une volonté politique forte de « capillarisation » du tissu social. Or, ce qui fait le lien social, c’est la notion de projet, voire de micro-projet à dimension de l’homme. Il faut donc repenser l’utilisation des fonds publics, au plus près du tissu social, dans une véritable proximité. Pour autant, cette proximité ne doit pas conduire à renforcer les communautarismes. Au contraire, l’apprentissage tout au long de la vie doit être porteur d’h&e
|
