Mode recherche avancée
Espace (res)sources > Ingénierie de formation et pédagogie

 Individualisation et nouvelles modalités de formation : quelles articulations, quel avenir ?

HAEUW Frédéric - octobre 2005  - frederic.haeuw@algora.org -


Cet article est initialement paru dans Actualité de la Formation Permanente, n° 196 mai-juin 2005, pp. 51-57

L’individualisation des apprentissages et de la formation est un concept à la vie dure : on le croit en perte de vitesse, voué à terme aux livres d’histoire de la pédagogie, supplanté par des concepts plus modernes tel que le e-learning ou la formation ouverte et à distance, pour ne citer que ces deux-là,  mais il revient sur le devant de la scène. Il sait pour ce faire se parer des habits du moment. Si à la fin des années 80, la mode était au crédit-formation individualisée, l’heure en 2005 est au droit individuel à la formation. Lexicalement parlant, passer d’un crédit à un droit ressemble à une réelle avancée sociale, ce qu’il faudra apprécier à l’usage qui en sera fait.

C’est donc un concept récurrent mais qui présente une autre particularité, celle de manquer singulièrement de mémoire : chaque fois qu’il renaît, sans traces des acquis des périodes précédentes, encore moins des échecs, il génère avec une ardeur bien juvénile les mêmes questions existentielles : individualiser quoi, comment, pour qui … ?

Une question se pose : ce retour n’est-il que le dernier avatar d’un concept obstiné ou son avènement définitif ? Avant de répondre à cette question, un peu d’histoire s’impose.

Un retour aux origines

L'histoire de l'individualisation de l'enseignement n'est pas récente. Certains en voient les prémisses dans l'école des sophistes de la Grèce du Vème siècle avant J.C. et dans la maïeutique socratique, dont le principe est que la connaissance ne se donne ni de l'extérieur, ni par la contrainte, mais que « chaque homme doit découvrir le Vrai pour son propre compte, par une ascension toute intérieure vers les idées, guidé en cela par le Maître qui facilite cette ascension spirituelle par l'art du questionnaire ou maïeutique" [1]. Les principes d’une individualisation, que nous appellerons provisoirement « autonomisante » sont déjà présents en filigrane : la centration sur l'apprenant comme acteur principal de son apprentissage, le respect du rythme personnel et de la liberté d'apprendre sans contrainte, le rôle de facilitateur de l'enseignant.

Plus près de nous, Jean-Jacques Rousseau défend également l'individualisation, qu’il traduit par l'intérêt accordé à chaque élève, susceptible de trouver sa voie, à condition que l'on soit à l'écoute de ses désirs et de ses besoins, que l'on respecte son rythme et ses caractéristiques propres, que l'on privilégie la voie individuelle d'accès à la connaissance à l'emploi d'une méthode universelle. Pas de préceptorat, donc, mais un cheminement au côté de l’apprenant.

Au vingtième siècle, l’individualisation se développe dans l'éducation maternelle et élémentaire, avec des praticiens-chercheurs comme Montessori, Decroly, et Freinet. Pour Maria Montessori, l'éducation de l'enfant  s’appuie sur quatre principes fondamentaux : l'observation de chaque enfant en particulier (et non des enfants en général), ce qui revient à considérer chaque enfant comme un individu à part entière, la liberté totale de l'enfant vis-à-vis de l'enseignement, l'usage d'un matériel éducatif spécifique à chaque élève, et enfin, la "leçon-expérience". La création d'un milieu propice aux découvertes, qui stimule l'intérêt et l'activité spontanée de l'enfant est l'élément majeur du modèle éducatif qu'elle préconise : "ce qui est donc nécessaire ... c'est de ne pas enseigner, guider, donner des ordres, forger, modeler l'âme de l'enfant, mais de lui créer un milieu convenable à son besoin d'expérimenter, d'agir, de travailler, d'assimiler spontanément et de nourrir son esprit" [2]. Pour Ovide Decroly, outre l'idée du globalisme, consistant à aborder un apprentissage de façon globale plutôt que segmenté en sous unités de sens, on retiendra surtout l'idée de "centre d'intérêt", qui s'apparente beaucoup à la notion de "projet" autour duquel doit être articulé tout apprentissage. Enfin, reconnaissons à Célestin Freinet une place prépondérante dans le passage d'une pédagogie traditionnelle à une pédagogie dite nouvelle ; là encore, l'enfant est positionné  au cœur  du dispositif, et est prise en compte "la nécessité d'individualiser l'enseignement, d'offrir des possibilités diverses qui respectent les désirs et les rythmes de chacun, d'où l'éclatement du "la même chose pour tous au même moment" [3].

Autre centre de développement de l'individualisation, aux USA, le plan Dalton (1911) animé par Miss Parkhurst, puis la méthode de Winnetka dans le cadre de l’enseignement primaire aux Etats-Unis. Le plan Dalton se fonde sur le principe qu'aucun enfant, comme d'ailleurs aucun adulte, n'ayant un  rythme de travail, des aptitudes ou facultés, ou  encore des centres d'intérêts similaires au même moment, il est absurde de leur appliquer un programme scolaire identique et uniforme. L'organisation de l'école reflète  donc cette idée . Chaque salle est dédiée à une matière  et organisée en laboratoire, regroupant des appareils ou des livres. Les enfants circulent librement d'une salle à l'autre, au gré de leurs envies. Par ailleurs, les groupes se réunissent non pas en fonction de l'âge mais en fonction des niveaux dans chaque domaine. Pour finir, les maîtres ne sont pas chargés d'une classe mais d'une matière en enseigner, et leur rôle consiste à énoncer des directives et des conseils, et à animer des discussions autour des travaux produits par les élèves.

La méthode de Winnetka perfectionne le système en créant une batterie d'exercices auto-éducatifs et de tests de contrôle permettant aux élèves de s'assurer eux-mêmes qu'ils


Haut de page   

Algora-Formation ouverte et réseaux - 18/26 rue Goubet, 75959 Paris Cedex 19 - Tél : 01 48 03 90 00 - Fax : 01 48 03 90 21
contact - plan du site - fil RSS