Au-delà des questions
les plus fréquemment posées du type : "la FOAD ou le e-learning combien
ça coûte ?", "est-ce moins cher que les modalités traditionnelles ?",
"quel investissement faut-il consentir ?" ; les termes utilisés
s'avèrent révélateurs de l'hétérogénéité des approches. Sont ainsi
évoquées pêle-mêle : les notions de marché, de coûts d'un dispositif,
de modèle économique, de prix des prestations, d'efficacité,
d'investissement, de retour sur investissement, de rentabilité, de
valeur-ajoutée... Autant de concepts, dont l'emploi le plus souvent
sans beaucoup de précautions techniques et surtout sans définition
préalable, conduit à une confusion qui ne facilite pas les échanges et
la réflexion. La diversité objective de l'offre de formation, celle des
acteurs impliqués, celle des dispositifs de formation ne peuvent
qu'accentuer cette confusion. Là comme ailleurs, le problème est
d'autant plus difficile à résoudre que la question posée l'est de façon
confuse. Aussi
allons-nous tenter de clarifier la ou les questions posées, de
contribuer au débat en apportant quelques éclairages susceptibles
d'ordonner quelque peu ces problématiques difficiles à démêler dans un
contexte en mutation.
1. Un intérêt brusque et relativement surprenant pour la question : pour quels enjeux ?
Avant
d'aller plus loin, il semble intéressant de s'interroger sur les
raisons motivant ce brusque intérêt pour la dimension économique et
donc indirectement de s'arrêter sur les enjeux en cause. La formation
continue ne date pas d'aujourd'hui, l'usage de la technologie non plus.
Elle a suivi les différentes ruptures technologiques avec constance :
la formation à distance naît avec l'organisation postale au milieu du
XIXème siècle, l'utilisation de l'image suit la naissance de la photo ;
la radio, la télévision, la vidéo, les supports numérisés font naître à
chaque fois de nouveaux dispositifs. Par ailleurs la notion d'ouverture
coïncide avec le développement de la promotion sociale, voire
d'éducation populaire (le savoir accessible à tous), la notion de
flexibilité (1) (individualisation, personnalisation) a connu une
brève période faste dans le courant des années 80 avec l'accroissement
massif de stages à destination de jeunes sortis de l'appareil scolaire
sans qualification (2). Quels sont les éléments nouveaux qui suscitent cette concentration de préoccupations sur la dimension économique ?
1.1 Trois facteurs nouveaux
La conjugaison de trois facteurs a joué, dans la période récente, un rôle déterminant à cet égard :
le
contexte économique de globalisation des échanges et l'élargissement de
la sphère marchande, qui met "sous pression" en quelque sorte les
secteurs relevant de la sphère publique, qui ne peuvent plus
s'affranchir d'une réflexion économique ;
l'accroissement
des besoins de compétences et de savoirs (liés à l'accélération du
changement au sein des organisations, quelles qu'elles soient) ;
l'avènement
d'Internet, premier protocole universel de communication, à l'origine
d'une bulle spéculative un temps baptisé nouvelle économie, source
d'appétits commerciaux, dont l'effet d'aspiration n'a pas épargné la
formation.
A
l'intersection de ces trois éléments ressort un faisceau d'hypothèses
plus ou moins explicites (plutôt moins du reste) que l'on pourrait
résumer un peu brutalement par les deux propositions suivantes : il y a
là, à la fois une contrainte et une opportunité de maximiser le
rendement ou l'efficacité des systèmes de formation dans une
perspective quasi-certaine de stabilisation des ressources (faire mieux
et faire plus avec les mêmes moyens) ; il y a là une opportunité de
concevoir une nouvelle façon d'offrir la formation en fonction des
besoins des personnes (personnalisation du service - se former quand on
veut, où l'on veut et pour ce qu'on juge nécessaire). Autrement dit, le
"changement de paradigme" (3), fondateur de la FOAD, évoqué
essentiellement aux plans organisationnel et pédagogique, vaut
également pour la dimension économique. Ces
hypothèses restent à vérifier naturellement, mais elles constituent en
résumé, nous semble-t-il, les enjeux essentiels de cette réflexion sur
l'économie des dispositifs de FOAD, dans la mesure où, derrière ces
hypothèses se profilent des questions "évidentes" de coût
(technologiques, organisationnels, humains), de rendement des systèmes,
de productivité de l'apprentissage, de création de valeur.
2. De la définition à la gestion : trois étapes significatives
Pour
clarifier une question, raconter son histoire constitue souvent une
solution pratique. A la réflexion, le cheminement de la réflexion sur
la dimension économique de la formation ouverte et à distance (ou
e-formation ou e-learning, les termes seront ici considérés comme
synonymes) montre un souci régulier de clarification qu'il est
intéressant de retracer. Pour ce faire, nous allons nous appuyer sur
trois évènements révélateurs de trois étapes significatives de
l'évolution de la réflexion. Le choix de ces trois évènements ne doit
évidemment rien au hasar