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 La dimension économique de la formation ouverte et à distance : de la question du marché à la question des coûts

MORIN Philippe - octobre 2004  - philippe.morin@algora.org - Télécharger le document Télécharger ce fichier en format PDF 



Au-delà des questions les plus fréquemment posées du type : "la FOAD ou le e-learning combien ça coûte ?", "est-ce moins cher que les modalités traditionnelles ?", "quel investissement faut-il consentir ?" ; les termes utilisés s'avèrent révélateurs de l'hétérogénéité des approches. Sont ainsi évoquées pêle-mêle : les notions de marché, de coûts d'un dispositif, de modèle économique, de prix des prestations, d'efficacité, d'investissement, de retour sur investissement, de rentabilité, de valeur-ajoutée... Autant de concepts, dont l'emploi le plus souvent sans beaucoup de précautions techniques et surtout sans définition préalable, conduit à une confusion qui ne facilite pas les échanges et la réflexion. La diversité objective de l'offre de formation, celle des acteurs impliqués, celle des dispositifs de formation ne peuvent qu'accentuer cette confusion. Là comme ailleurs, le problème est d'autant plus difficile à résoudre que la question posée l'est de façon confuse.
Aussi allons-nous tenter de clarifier la ou les questions posées, de contribuer au débat en apportant quelques éclairages susceptibles d'ordonner quelque peu ces problématiques difficiles à démêler dans un contexte en mutation.

1. Un intérêt brusque et relativement surprenant pour la question : pour quels enjeux ?

Avant d'aller plus loin, il semble intéressant de s'interroger sur les raisons motivant ce brusque intérêt pour la dimension économique et donc indirectement de s'arrêter sur les enjeux en cause. La formation continue ne date pas d'aujourd'hui, l'usage de la technologie non plus. Elle a suivi les différentes ruptures technologiques avec constance : la formation à distance naît avec l'organisation postale au milieu du XIXème siècle, l'utilisation de l'image suit la naissance de la photo ; la radio, la télévision, la vidéo, les supports numérisés font naître à chaque fois de nouveaux dispositifs. Par ailleurs la notion d'ouverture coïncide avec le développement de la promotion sociale, voire d'éducation populaire (le savoir accessible à tous), la notion de flexibilité (1) (individualisation, personnalisation) a connu une brève période faste dans le courant des années 80 avec l'accroissement massif de stages à destination de jeunes sortis de l'appareil scolaire sans qualification (2).
Quels sont les éléments nouveaux qui suscitent cette concentration de préoccupations sur la dimension économique ?

1.1 Trois facteurs nouveaux

La conjugaison de trois facteurs a joué, dans la période récente, un rôle déterminant à cet égard :

  • le contexte économique de globalisation des échanges et l'élargissement de la sphère marchande, qui met "sous pression" en quelque sorte les secteurs relevant de la sphère publique, qui ne peuvent plus s'affranchir d'une réflexion économique ;

  • l'accroissement des besoins de compétences et de savoirs (liés à l'accélération du changement au sein des organisations, quelles qu'elles soient) ;

  • l'avènement d'Internet, premier protocole universel de communication, à l'origine d'une bulle spéculative un temps baptisé nouvelle économie, source d'appétits commerciaux, dont l'effet d'aspiration n'a pas épargné la formation.

A l'intersection de ces trois éléments ressort un faisceau d'hypothèses plus ou moins explicites (plutôt moins du reste) que l'on pourrait résumer un peu brutalement par les deux propositions suivantes : il y a là, à la fois une contrainte et une opportunité de maximiser le rendement ou l'efficacité des systèmes de formation dans une perspective quasi-certaine de stabilisation des ressources (faire mieux et faire plus avec les mêmes moyens) ; il y a là une opportunité de concevoir une nouvelle façon d'offrir la formation en fonction des besoins des personnes (personnalisation du service - se former quand on veut, où l'on veut et pour ce qu'on juge nécessaire). Autrement dit, le "changement de paradigme" (3), fondateur de la FOAD, évoqué essentiellement aux plans organisationnel et pédagogique, vaut également pour la dimension économique.
Ces hypothèses restent à vérifier naturellement, mais elles constituent en résumé, nous semble-t-il, les enjeux essentiels de cette réflexion sur l'économie des dispositifs de FOAD, dans la mesure où, derrière ces hypothèses se profilent des questions "évidentes" de coût (technologiques, organisationnels, humains), de rendement des systèmes, de productivité de l'apprentissage, de création de valeur.

 2. De la définition à la gestion : trois étapes significatives

Pour clarifier une question, raconter son histoire constitue souvent une solution pratique. A la réflexion, le cheminement de la réflexion sur la dimension économique de la formation ouverte et à distance (ou e-formation ou e-learning, les termes seront ici considérés comme synonymes) montre un souci régulier de clarification qu'il est intéressant de retracer. Pour ce faire, nous allons nous appuyer sur trois évènements révélateurs de trois étapes significatives de l'évolution de la réflexion. Le choix de ces trois évènements ne doit évidemment rien au hasar


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