Cet article est
initialement paru dans le n° 623 de la Lettre Algora daté octobre 2003, publié
sous forme d'encart mensuel dans la revue INFFO
Flash Il fallait, à vrai dire, être particulièrement au fait de ces questions pour s'y retrouver et comprendre la cohérence des différentes politiques mises en œuvre, ce à quoi s'employa Madame la Ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, Claudie Haigneré, lors de son intervention en visio-conférence. Un peu d'histoire s'impose en effet : de 2000 à 2002, trois appels d'offres ont permis de voir apparaître sur le marché 64 campus numériques. Il s'agissait, pour cette phase, de créer une offre universitaire en ligne, basée sur une logique thématique et nationale. En 2002, un volet spécifique de l'appel d'offre a toutefois été ajouté, qui consistait à travailler à la production "d'environnements numériques de travail - ENT", sorte de bureau virtuel de l'étudiant. Quatre projets ont été retenus dans ce cadre, qui ont chacun donné lieu à des productions aux noms quelque peu hermétiques (Encora, Eppun, E-Sup Portail et Montecristo), pour l'instant fort peu connectés entre eux. Parallèlement à ces initiatives, un certain nombre d'établissements d'enseignement supérieur choisissait spontanément de se regrouper sur une base territoriale. C'est le cas, par exemple, de l'Aquitaine, de Grenoble, de Toulouse et bien sûr de Montpellier Languedoc Roussillon, puissance invitante de ce colloque. Toutefois, même si les collectivités territoriales, notamment les conseils régionaux, s'investissent fortement dans le développement de l'usage des TIC dans l'enseignement supérieur, aucun document n'associait jusqu'alors l'ensemble des partenaires, ce qui ne favorisait pas la cohérence des interventions. L'appel d'offre lancé en mai 2003 par le Ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, inscrit dans le cadre du volet numérique du CIADT (Comité Interministériel pour l'Aménagement et le Développement du Territoire) et doté d'un financement de 20 millions d'euros, prenait acte de cette évolution en proposant de financer des "consortiums d'établissements d'enseignement supérieur" constitués dans une logique de mutualisation et sur une base territoriale, régionale, mais aussi interrégionale, voire transfrontalière. Le résultat attendu est à terme la généralisation des services numériques d'enseignement et de vie universitaire, offerts par les établissements d'enseignement supérieur à l'ensemble des étudiants, en prenant en compte la problématique des dispositifs numériques dans leur globalité : mise en ligne de services aux étudiants (création, fonctionnement, etc.), accès à ces services dans les établissements (salles en libre-service, réseaux sans fil, etc.) et dans les locaux gérés par les CROUS, équipements individuels et accès au haut débit pour les étudiants, ainsi que continuité de service des dispositifs techniques. En quelque sorte, on passerait avec ce nouvel appel d'offre d'une logique "thématique et nationale" à une logique "globale et territoriale" en s'appuyant sur l'effet politique de la décentralisation, tout en tirant profit des environnements numériques de travail. Avec un sens de la mise en scène que n'auraient pas reniée les organisateurs de la cérémonie des Césars, Benoît Sillard, sous-directeur à la direction de la technologie, a d'ailleurs profité de ce colloque pour dévoiler les heureux élus de cet appel d'offre, à savoir l'Alsace, l'Aquitaine, la Bretagne, le Grand-est, le Languedoc-Roussillon, Le Nord-Pas de calais, la région Poitou-Charentes, PACA, La Réunion et Rhône-Alpes. Mais ce n'est pas tout, car une couche supplémentaire vient compliquer encore la lisibilité de ces opérations. Il s'agit cette fois du projet "universités numériques francophones - UNF", mission confiée par Madame la Ministre au professeur Albert Claude Benahou, qui a présenté ce projet comme la mise en oeuvre d'un "métasystème collaboratif et fédéral" visant à procéder à des regroupements nationaux thématiques, autour de quelques disciplines thématiques, telle que la médecine. L'université médicale virtuelle française (UMVF) en étant d'ailleurs la préfiguration (www.umvf.prd.fr). Reste à savoir maintenant comment tout cela se mettra en œuvre dans les années à venir. L'effort de cohérence entrepris, si méritoire soit-il, devra, de notre point de vue, prendre objectivement la mesure des difficultés, notamment celles que dévoile le rapport d'étude sur les campus numériques réalisé par Ernst & Young et Ipsos (www.educnet.education.fr/superieur/CN-evaluation.htm). Si la présentation orale, bien fade, de ce rapport, a laissé beaucoup d'auditeurs sur leur faim, sa lecture ne laisse aucun doute sur l'ampleur des obstacles. On peut bien sûr se réjouir de la satisfaction des apprenants et de leur faible taux d'abandon, mais on ne peut pas rester indifférent quant au faible nombre de publics touchés (45 en moyenne… pour les campus qui sont déjà en fonctionnement) et à la très faible implication des enseignants et surtout des services techniques et administratifs des universités. Les impacts sont encore limités, à tout point de vue, et la survie des campus précaires, puisque dans plus de huit cas sur dix, les chefs de projets indiquent que leur financement futur n'est pas assuré. On est donc loin de la généralisation de l'usage des TICE dans l'enseignement supérieur…
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