Cet article est paru dans le dossier n° 180 d' Actualité de la Formation Permanante "Acteurs de la formation
et FOAD : compétences et profils", daté de septembre-octobre
2002.
Assez rapidement, les perspectives de transformation des modalités de
la formation induites et permises par les technologies de l'information
et de la communication ont conduit à réfléchir à l'évolution des
compétences des professionnels concernés. Depuis deux ou trois ans,
au-delà du débat sur le caractère plus ou moins brutal du changement ("
de continuité ou de rupture ") un consensus relativement dur s'opère
sur la nécessité d'accompagner ce changement par un effort de formation
des acteurs.
Un discours
argumenté et largement partagé, mais des pratiques modestes…
Le rapport commandé par Nicole Péry (1) et présenté en octobre 2000, dans son volet consacré aux
nouvelles modalités de formation, en témoigne : " …La rupture du modèle
technologique et pédagogique qui prévalait jusqu'à présent dans le monde de la
formation laisse présager des bouleversements très importants sur les
organisations et les métiers. Les compétences des professionnels vont s'en
trouver affectées et transformées très profondément. Il apparaît nécessaire
d'accompagner la formation des acteurs professionnels de la formation dans une
logique d'adaptation et de développement de nouvelles compétences (évolution et
changement des métiers). " Paradoxalement dans la pratique, les initiatives
en ce sens semblent très limités, que ce soit au sein des grands réseaux de
formation, que ce soit au plan de la branche professionnelle, à celui des
décideurs publics régionaux et nationaux. Certes de façon ponctuelle, des
expériences sont conduites et des acteurs se mobilisent, mais pour le moment,
cette mobilisation n'apparaît ni à l'échelle des enjeux, ni à celle du secteur.
Une pré-étude conduite par Algora sur une région française (2) montre bien, à l'échelle de l'offre régionale de formation, la timidité des initiatives en ce sens.
Jusqu'à présent, cette réflexion a concerné essentiellement les formateurs. Mais il est apparu que ces changements, dans la mesure où ils interrogeaient fortement les organisations et donc le pilotage et la stratégie des organisations, touchaient aussi et en premier lieu les décideurs et managers impliqués dans la formation. L'expérience du dispositif AUTOFOD (3) est
intéressante à considérer sur ce point. Engagée en 1997, concernant un nombre
très significatif de formateurs (environ 1300 au total entre 1997 et 2001) a
montré clairement, que les projets construits par les formateurs dans le cadre
du cycle de formation à la conduite de projet FOAD se heurtaient le plus souvent
au contexte organisationnel, aux stratégies de leurs structures d'appartenance
et à leurs décideurs peu ou pas concernés par la FOAD.
L'engouement
pour les approches de type référentiels
Les approches
qualité dans la e-formation ne peuvent éviter le passage par la définition des
nouveaux rôles des acteurs. De ce fait, les approches par les référentiels de
compétences se multiplient, que ce soit au niveau national ou au niveau
européen, et cette multiplication complexifie davantage encore l'approche de la
FOAD. On citera notamment l'étude du CEDEFOP (4), à laquelle Algora à contribué, la création d'un référentiel
par la CCIP (5), ou bien encore la tentative
menée par Eifel (6) de construire un référentiel
de compétences européen du e-learning. Mais de ce point de vue comme dans tant
d'autres, le mieux est souvent l'ennemi du bien. En effet, nous avons pu
mesurer, lors de l'étude conduite pour le CEDEFOP, l'importance de la
contextualisation des pratiques et la difficulté de mettre en mots, en liste, en
cases … ce qui s'est bien souvent construit sur le tas, en réponse à des
problèmes concrets et dans une démarche pratico-pratique. Après tout, la
compétence est-elle autre chose que ce qui permet de résoudre les problèmes de
manière satisfaisante ? L'exercice de construction de ces référentiels est donc
difficile, au niveau d'une institution et plus encore si l'on souhaite compacter
les résultats avec d'autres institutions, puis tenter une généralisation à
l'échelle nationale ou internationale. Encore faudrait-il, en outre, que l'on
ait défini précisément la nature du dispositif que l'on souhaite ainsi analyser,
ce qui nous ramène à notre point sur les définitions.
Les résultats de
telles tentatives risquent donc de tomber dans deux écueils : trop précis, ils
sont inutilisables car non-opérationnels (l'un des référentiels sur lequel nous
nous sommes penché ne comportait pas moins de vingt-quatre " métiers " !) ; trop
généraux, ils débouchent difficilement sur une mesure opérationnelle des écarts
entre l'état souhaité et l'état actuel.
D'autres approches
sont possibles. Celle adoptée dans la construction de l'outil Compétice (7), aussi perfectible soit-il, s'inscrit comme un
compromis ou une solution médiane. Plutôt que de dresser la liste des
compétences nécessaires à l'usage des TICE par les enseignants de l'enseignement
supérieur (ce qui était la commande initiale), nous avons préféré travailler en
terme de description des activités des acteurs (y compris l'étudiant) dans la
mise en oeuvre de différents scénarii pédagogiques, afin de mesurer les écarts
de compétences pour passer d'un scénario à l'autre. De cette manière, chacun
peut plus facilement, collectivement et individullement, se faire une
représentation des conditions de réussite de l'intégration des TICE dans sa
pratique et mesurer le niveau de compétences des ressources humaines dont il
dispose.
Les
positionnements identitaires sont-ils solubles dans les référentiels ?